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Nos critiques 6 min de lecture

« Dragon Ball Super : Beerus » : comment un chat gourmand a ressuscité la saga

Le dieu de la Destruction Beerus débarque sur Terre pour un goûter d'anniversaire qui pourrait pulvériser la planète. Le meilleur antagoniste de Dragon Ball n'est pas un tyran : c'est un chat capricieux qui préfère la sieste au combat. À voir, surtout en VO.

Noor El-Masri International & VO

En France, Dragon Ball n'est pas un dessin animé : c'est un réflexe générationnel. On a grandi avec le rituel du Club Dorothée, le générique braillé à tue-tête, les combats qui s'étiraient sur quinze épisodes et les transformations annoncées une semaine pour n'arriver que la suivante. Alors quand la saga nippone est ressortie de sa longue hibernation avec l'arc de Beerus — né du film Battle of Gods (2013) puis déployé en série dans Dragon Ball Super (2015) —, il y avait de quoi redouter le pire : le énième recyclage d'une marque qui a trop souvent confondu nostalgie et facilité.

Or c'est l'inverse qui se produit. L'arc du dieu de la Destruction est le moment où Dragon Ball a cessé de se prendre au sérieux pour redevenir ce qu'il était au départ : une comédie d'aventure. Et il doit tout à son antagoniste. On a longtemps cru que les grands méchants de la saga s'appelaient Freezer ou Cell, des tyrans génocidaires au regard froid. Erreur. Le personnage le plus réussi que cette franchise ait jamais produit est un félin violet, pédant et fainéant, qui débarque sur Terre non pas pour conquérir l'univers, mais pour goûter un pudding.

Ce que ça raconte

Des années après la chute de Majin Buu, la paix règne. Trop, peut-être. Goku s'entraîne dans son coin, Vegeta joue au père de famille, et le monde a oublié qu'il pouvait trembler. C'est alors que Beerus, dieu de la Destruction endormi depuis une éternité, se réveille d'un songe où un mystérieux « Super Saiyan Divin » le tiendrait tête. Intrigué par les rumeurs autour du Saiyan qui a vaincu Freezer, il descend sur Terre pour trouver cet adversaire — accompagné de Whis, son ange gardien, mentor et accessoirement le seul être capable de le calmer.

Le génie de départ, c'est le cadre : la confrontation ne se noue pas sur un champ de bataille désertique, mais au beau milieu de la fête d'anniversaire de Bulma, sur un paquebot. L'enjeu n'est plus « sauver la planète d'un envahisseur » mais « empêcher un dieu susceptible de tout réduire en poussière parce qu'on lui aurait mal servi le dessert ». Toute la tension bascule du côté de l'absurde, et c'est précisément là que la série retrouve son mordant. Je m'arrête volontairement avant le cœur de l'affrontement : l'essentiel se joue dans cette première moitié, dans la manière dont une garden-party vire au compte à rebours cosmique.

Ce qui fonctionne

Beerus, d'abord, et surtout. Construire un antagoniste qui ne soit ni cruel ni assoiffé de pouvoir, mais simplement capricieux comme un chat qu'on dérange pendant sa sieste, c'était un pari risqué. Il est tenu de bout en bout. Sa menace ne tient pas à une idéologie mais à son ennui : il pourrait anéantir la Terre sur un coup de tête, par désœuvrement, et c'est ça qui le rend imprévisible. Whis, en contrepoint flegmatique, joue le rôle du majordome blasé qui connaît son maître par cœur. Le duo fonctionne comme un numéro de music-hall greffé sur une saga de baston. On rit, et pour Dragon Ball, c'est un retour aux sources.

Ce retour, justement, porte une signature. C'est Akira Toriyama lui-même qui a tenu la plume de l'histoire d'origine — sa première implication réelle dans un récit Dragon Ball depuis la fin du manga en 1995. Et cela se sent. L'arc renoue avec l'humour potache des tout débuts, celui d'avant la surenchère de cris et de muscles gonflés : Vegeta, le prince guerrier, se contorsionnant en danse ridicule pour amadouer le dieu ; Oolong jouant le sort de la planète à pierre-feuille-ciseaux ; Majin Buu refusant de partager ses flans. Ces séquences, d'apparence anecdotiques, sont la colonne vertébrale comique de l'ensemble — et elles désamorcent avec intelligence le sérieux pesant dans lequel la franchise s'était enfermée.

Il y a aussi une vraie idée de mise en scène dans le rituel du Super Saiyan Divin : au lieu du énième cri qui fait exploser les rochers, la transformation passe par la communion de six Saiyans au cœur pur, canalisant leur énergie vers un seul. Visuellement, le résultat tranche avec la tradition : silhouette affinée, aura rouge, puissance tranquille plutôt que masse bodybuildée. Après des décennies de blonds survitaminés, ce choix esthétique est un vrai souffle, une manière de dire que la force peut aussi être une affaire de finesse.

Un mot enfin sur la version originale, parce que c'est là que le contraste saute aux oreilles. En japonais sous-titré, le timing comique de Beerus — ses silences, ses soupirs d'aristocrate contrarié — gagne une précision que la nostalgie du doublage français, aussi affectueuse soit-elle, aplatit souvent. Si vous ne connaissez la saga que par la VF de votre enfance, redécouvrez cet arc en VO : vous n'entendez plus la même œuvre.

Ce qui coince

Le problème n'est pas dans l'arc lui-même, il est dans ce qu'il déclenche. En introduisant des dieux, Dragon Ball a fait exploser son propre plafond de puissance. Freezer, Cell, Buu : tous ces adversaires qui nous terrifiaient deviennent, d'un coup, des amuse-bouches à côté d'une divinité qui ne combat qu'à 10 % de ses moyens. Cette inflation divine est grisante sur le moment, mais elle condamne la suite de la franchise à une fuite en avant permanente, où chaque menace doit être plus démesurée que la précédente. Beerus ouvre une boîte de Pandore que la série ne refermera jamais.

Second reproche, plus concret : l'animation de la version série est inégale. Là où le film de 2013 offrait une finition soignée, son adaptation télévisée de 2015 a souffert d'un rythme de production tendu — certains plans, tristement célèbres chez les fans, frôlent le brouillon. Et parce qu'il a fallu étirer un long-métrage d'environ 85 minutes sur une poignée d'épisodes, le remplissage est bien là : récapitulatifs, dialogues qui tournent en rond, combats qui s'éternisent. Le défaut historique de la saga n'a pas disparu, il a juste changé d'habit.

Reste une contradiction que l'arc n'assume jamais tout à fait : à force de miser sur la comédie, il peine à faire exister le danger. Difficile de trembler pour la Terre quand le dieu censé la détruire pique du nez entre deux bouchées. On s'amuse beaucoup, on frémit rarement. C'est un choix, et il se défend — mais ceux qui attendaient la gravité des grandes heures de Dragon Ball Z en ressortiront un peu sur leur faim.

Pour qui c'est fait

Pour les nostalgiques qui veulent renouer avec la saga sans se farcir des centaines d'épisodes : l'arc de Beerus est une porte d'entrée idéale, autonome et légère. Pour les curieux qui n'ont jamais osé Dragon Ball et redoutent les combats-fleuves : la dimension comique les tiendra. Pour les familles, aussi, car la violence y est plus bon enfant qu'ailleurs. En revanche, les puristes en quête de la tension dramatique de l'ère Cell, ou les amateurs d'animation irréprochable, feront mieux de privilégier la version film et de régler leurs attentes en conséquence.

Le verdict

« Dragon Ball Super : Beerus » n'est pas le sommet d'animation de l'année, et il porte en germe les excès qui plomberont la suite de la franchise. Mais c'est l'arc qui a rendu à cette saga nippone ce qu'elle avait de plus précieux et qu'elle semblait avoir égaré : le sens du jeu, de l'autodérision, du plaisir pur. Pour avoir offert à Dragon Ball son meilleur personnage sous les traits d'un chat gourmand et fainéant, il mérite amplement le détour. À voir — de préférence en VO, et sans trop se soucier de sauver le monde.

— /5
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#critique #animation #anime #Netflix #Dragon Ball

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