Notre avis
signé Étienne ChassagneL'adaptation de Dalton Trumbo par Gillo Pontecorvo constitue un acte cinématographique radical pour 1971. Le film refuse la sentimentalité facile, confrontant directement le spectateur à l'horreur inimaginable de cette existence réduite. La chambre d'hôpital devient l'univers complet, amplifiant l'étouffement existentiel du protagoniste.
Pontecorvo utilise des techniques audiovisuelles inventives pour exprimer l'intériorité du personnage : flash-back sensoriel, ralentis, distorsions sonores. Timothy Bottoms offre une présence remarquable malgré l'immobilité forcée, ses yeux communiquant toute la profondeur émotionnelle. Le film devient méditation sur la conscience piégée, la valeur de la vie réduite à néant.
C'est un film politiquement engagé, critique frontal de la guerre et de ses horreurs. Il n'offre aucun réconfort, aucune rédemption narrative. Pour certains, cette intransigeance philosophique constituera sa force même ; pour d'autres, elle deviendra accablante et quasi intolérable.
Johnny s'en va-t-en guerre n'est pas un divertissement. C'est un film d'art perturbant. À recommander aux amateurs de cinéma politique humaniste.
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