Notre avis
signé Étienne ChassagneLes Russo Brothers ont choisi une approche délibérément crue. Pas de catharsis romantique facile, pas de redemption narrative pré-emballée. Cherry documente la dégringolade progressive de son protagoniste dans la toxicomanie et la petite délinquance, non par choix dramatique mais par nécessité psychologique. Le film refuse de juger ; il observe plutôt avec une certaine empathie froide.
Holland livre une performance étonnamment mature. Loin de l'Homme-Araignée souriant, il incarne un homme brisé qui tente pathétiquement de fonctionner dans un monde qui l'a rendu inapte. La relation avec Emily, son amour d'enfance, constitue l'ancre émotionnelle du film. Leur amour ne suffit pas, et cette impuissance elle-même devient le cœur du drame. La caméra capture une intimité brute et inconfortable.
Le film fâche par sa longueur et son accumulation méthodique de malheurs. Certains passages ressemblent à de la complaisance misérabiliste plutôt qu'à une exploration authentique. L'expérience visuelle est volontairement brute, parfois presque insoutenable à regarder.
Cherry exige un spectateur préparé à l'inconfort émotionnel. C'est un film important sur les conséquences invisibles de la guerre, aucunement un divertissement.
À voir pour ceux disposés à affronter le malaise ; à zapper pour qui cherche du réconfort.
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