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Affiche de Hélas pour moi (1993)

Hélas pour moi

1993
Drame Film
6.3

Disponible en streaming

Synopsis

Abraham Klimt, un éditeur, arrive dans une petite ville suisse, où se côtoient de nombreux personnages, pour enquêter sur un miracle dont ces lieux ont été, récemment, le théâtre. On dit que Rachel, la femme de Simon Donnadieu, le restaurateur, a vu revenir un soir son mari, pourtant parti en voyage d'affaires. Elle s'est donnée à lui, non sans réticence et non sans comprendre, le lendemain, qu'elle avait passé la nuit dans les bras d'un «dieu» soucieux de connaître l'amour humain. Mais qui le dit ? Le joueur de tennis, le professeur, ses élèves, le libraire, le médecin, le pasteur ? Au fil de ses recherches, Klimt recueille des fragments de vérité, épars, difficiles à relier, tandis qu'il contemple la beauté des paysages helvétiques…

Notre avis

signé Étienne Chassagne
Jean-Luc Godard ne filme jamais le passé simple. Ses films sont des architectures fragmentées où la narration échappe à la causalité. Hélas pour moi est son exploration la plus radicale de ce que raconter signifie en cinéma.

Abraham Klimt, éditeur, débarque pour documenter un miracle théologique: une femme ordinaire aurait couché avec une incarnation divine. Mais qui rapporte cela? Godard disperse la vérité entre voix du village: joueur de tennis, pasteur, instituteur, libraire. Chaque testimoniage contredit ou enrichit les autres. La vérité n'existe que comme consensus fluctuant, jamais comme fait établi.

C'est réflexion formidable sur la circulation des récits, comment le mythe naît de la polyphonie. Mais – c'est l'obstacle godardien – le film refuse le confort émotionnel. Les personnages parlent plus qu'ils ne vivent. Les dialogues, parsemés de littérature philosophique, d'aphorismes, éloignent plus qu'ils ne rapprochent.

La beauté des paysages alpins se déploie en fond: verts saturés, montagnes transcendantes, nature indifférente à nos questionnements théologiques. Godard utilise la magnificence helvétique pour souligner l'insuffisance de nos mots face au mystère.

Les acteurs semblent parfois malmenés par la direction, contraints à des déclamations résistant aux émotions naturelles. Mais c'est peut-être intentionnel: repenser l'artifice du jeu.

Techniquement, raccords rudes, couleurs surexposées, voix off entrecroisées: tout fragmente notre rapport au spectacle.

À voir pour admirateurs de Godard et ceux fascinés par énigmes formelles du cinéma. Les autres trouveront ça impénétrable et fastidieux.

Prochaines diffusions

Aucune diffusion prévue

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