Il y a des semaines où l'on se noie sous les nouveautés streaming sans rien trouver qui accroche vraiment, et d'autres où le menu est si riche qu'on regrette de ne pas avoir plus de soirées disponibles. Celle-ci fait partie de la seconde catégorie. Pas de blockbuster annoncé depuis des mois, pas de suite très attendue — mais des propositions originales, parfois venues d'où on ne les attendait pas, qui rappellent pourquoi on s'abonne à ces plateformes. Et pour une fois, ce n'est pas Netflix qui mène la danse.
Le constat qui s'impose cette semaine, c'est la montée en puissance de Disney+ sur le terrain du drame adulte international. La plateforme de Mickey poursuit sa mue et signe deux des propositions les plus intéressantes du moment. Netflix, fidèle à sa stratégie du volume, livre un peu de tout — mais dans le lot, une anthologie saoudienne et un drame français sortent nettement du peloton. Canal+ se distingue avec un documentaire qui réinvente le genre nature par le son, tandis que Prime Video joue la carte du retour anime culte. Trêve de préambule : passons en revue ce qui mérite votre attention, et surtout votre temps.
Le must de la semaine
Dear Killer Nannies: Criado por sicarios (Disney+) est le genre de série qu'on ne voit pas venir. Le pitch semble familier — on replonge dans l'univers de Pablo Escobar, un terrain déjà abondamment labouré par Narcos, Loving Pablo et une demi-douzaine de productions colombiennes. Sauf que cette fois, le regard adopté est radicalement différent : on suit Juan Pablo, le fils du baron de la drogue, dans une enfance littéralement encadrée par des tueurs à gages qui lui servent de nounous. Et c'est précisément ce décalage vertigineux qui fait toute la force du récit.
La tension narrative repose sur le fossé entre l'innocence du regard enfantin et la brutalité du quotidien. Le petit Juan Pablo idéalise son père, le voit comme un bienfaiteur, un héros — et c'est cette dissonance entre sa perception et la réalité que la série exploite avec une intelligence rare. Pas de glorification, pas de caricature non plus : la mise en scène observe, presque cliniquement, comment se construit un être humain quand la violence est la norme. Les performances du jeune casting sont remarquables, la photographie travaillée joue sur des contrastes de lumière saisissants, et le rythme, maîtrisé de bout en bout, ne tombe jamais dans la complaisance. Si vous ne devez regarder qu'une seule nouveauté cette semaine, c'est celle-ci. Un vrai coup de cœur.
Solides recommandations
Alkhallat+ : La série (Netflix)
Voilà probablement la plus belle surprise de la semaine. Alkhallat+ : La série (Netflix) est une anthologie saoudienne qui explore avec un humour mordant le désir, l'ambition et les petits arrangements avec la morale. Chaque épisode fonctionne comme un court métrage autonome, avec son casting, son décor et son ton propre — du désert aride aux gratte-ciels de Riyad, les histoires se suivent sans jamais se ressembler.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la liberté de ton. On sent une écriture décomplexée, qui n'hésite pas à se moquer des travers sociaux avec une finesse qu'on n'associe pas forcément à la production saoudienne — et c'est justement ce qui rend le visionnage si rafraîchissant. Les dialogues sont ciselés, les situations oscillent entre l'absurde et le poignant, et chaque épisode laisse cette impression rare d'avoir découvert quelque chose de véritablement neuf. Dans un paysage comique streaming qui tourne parfois en rond entre sitcoms américaines recyclées et stand-up français formaté, c'est une bouffée d'air frais absolument bienvenue.
Perfect Crown (Disney+)
Perfect Crown (Disney+) emprunte les codes bien rodés de la comédie romantique royale, mais les traite avec une élégance et une maturité qui évitent l'écueil de la mièvrerie. Le cadre : une monarchie constitutionnelle du XXIe siècle. D'un côté, une roturière brillante qui a tout pour elle — sauf le sang bleu. De l'autre, un prince piégé dans sa lignée, qui rêve secrètement d'être autre chose que le sourire officiel d'un régime décoratif. La rencontre entre ces deux univers promet des étincelles, et la série tient cette promesse.
Là où Perfect Crown surprend vraiment, c'est dans le traitement de ses personnages. Ils sont écrits comme des adultes, avec leurs contradictions, leurs ambitions personnelles et leurs zones d'ombre. La dynamique du duo fonctionne parce qu'elle repose sur des échanges véritablement drôles et incisifs — pas sur des quiproquos téléphonés. Et derrière la légèreté apparente, la série questionne avec subtilité le poids des institutions et la difficulté de se construire sous le regard permanent du public. Un comfort show de grande qualité, idéal pour le week-end, qui cache bien plus de profondeur qu'il n'y paraît.
À jeter un œil
De notre mieux (Netflix) suit un réalisateur qui n'a jamais percé malgré vingt ans de tentatives acharnées. Le jour où il touche définitivement le fond, une rencontre avec une productrice débordée va lui offrir un chemin inattendu vers la reconstruction. Le drame français dans ce qu'il fait de mieux : des personnages imparfaits, des dialogues qui sonnent juste, une émotion qui ne triche jamais. Si vous avez un faible pour les histoires de seconde chance et les récits sur la persévérance créative, foncez.
Earthsounds : les sons de la Terre (Canal+) propose une approche radicalement différente du documentaire nature. Grâce à des technologies audio de pointe et des méthodes de tournage innovantes, la série fait entendre notre planète comme jamais auparavant. Le craquement lent des glaciers, le murmure des forêts tropicales à l'aube, le chant des baleines en haute mer — ici, c'est le son qui porte le récit et l'image qui accompagne. L'expérience est sensorielle, immersive, presque méditative. À regarder impérativement avec un bon casque sur les oreilles.
Crash (Disney+), série coréenne policière, s'intéresse à un duo improbable : un individualiste brillant de KAIST et une enquêtrice méthodique spécialisée dans la criminalité routière. Le sujet semble aride sur le papier, mais le traitement à la coréenne — mélange de rigueur procédurale, de pointes d'humour et de moments d'humanité inattendue — rend l'ensemble étonnamment addictif. Si vous aimez les K-dramas qui prennent le temps de construire leurs personnages avant de dévoiler leurs cartes, c'est un choix solide.
New PANTY & STOCKING with GARTERBELT (Prime Video) signe le grand retour d'une licence anime culte qui avait marqué les esprits au début des années 2010 par son esthétique volontairement trash et son humour sans aucun filtre. À Daten City, cité coincée entre le Paradis et l'Enfer, deux héroïnes aux noms suggestifs combattent des fantômes nourris des désirs humains les plus inavouables. C'est cru, c'est barré, c'est totalement assumé — et pour les amateurs d'animation qui en ont assez des productions lisses et consensuelles, c'est un antidote parfait.
Le passage à éviter
Mention spéciale cette semaine pour BTS 컴백 라이브: ARIRANG (Netflix), qui affiche un score utilisateur impressionnant mais qui relève davantage de l'événement fan que de la véritable découverte streaming. Le concert de retrouvailles du groupe coréen est évidemment une machine à émotions pour les ARMY — et on ne leur enlèvera pas ça. Mais si vous n'êtes pas déjà initié à l'univers BTS, le spectacle risque de vous laisser sur le bord de la route. Ce n'est pas un mauvais programme, entendons-nous bien : c'est simplement un programme dont la note astronomique reflète l'enthousiasme d'une communauté passionnée plus que la capacité à toucher un public néophyte. À réserver aux initiés.
Ce que je regarde ce week-end
Pour ma part, je vais probablement enchaîner les épisodes de Dear Killer Nannies — le genre de série dont on ressort avec des questions plein la tête et l'envie d'en parler avec quelqu'un. Et si la météo décide de jouer les trouble-fêtes dimanche, je me laisserai tenter par Alkhallat+, parfait pour rire intelligemment entre deux averses. Quoi que vous choisissiez cette semaine, il y a de quoi être satisfait — les plateformes, pour une fois, font toutes un effort. Bon week-end devant vos écrans.
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