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Nos critiques 6 min de lecture

« Rafa » sur Netflix : l'adieu du roi de la terre battue mérite mieux qu'un album de famille

Netflix déroule le tapis rouge à Rafael Nadal avec « Rafa », série documentaire qui revient sur la carrière du Majorquin aux vingt-deux Grands Chelems. Le portrait est soigné, l'émotion réelle, mais l'hommage préfère souvent la légende à l'homme. À voir pour les fans de tennis, à tempérer pour qui cherche un récit s…

Marc Delacroix Sport à la télé

Il y a des retraites sportives qu'on voit venir des années à l'avance et qui vous cueillent quand même. Celle de Rafael Nadal, actée en novembre 2024 sous les couleurs de l'Espagne lors des finales de Coupe Davis à Málaga, était de celles-là. Deux ans plus tard, Netflix met un point final officiel à l'aventure avec Rafa, documentaire de 2026 qui revient sur la carrière, l'héritage et la dernière saison du Majorquin. Autant le dire tout de suite : le sujet est en or, et c'est précisément ce qui rend le résultat un peu frustrant.

Car un joueur qui a remporté vingt-deux titres du Grand Chelem, dont quatorze à Roland-Garros, ne se raconte pas comme un champion ordinaire. Nadal n'est pas seulement un palmarès ; c'est une façon de jouer, une intensité, une manière de transformer chaque point en question de vie ou de mort. Rafa le sait, et passe une bonne partie de son temps à nous le rappeler. Le problème, c'est qu'un documentaire qui ne fait que rappeler ce que l'on sait déjà passe à côté de ce qu'il pourrait révéler.

Ce que ça raconte

La série suit un fil chronologique classique : le gamin de Manacor formé par son oncle Toni, le coup droit lifté gaucher qui déboule sur le circuit au milieu des années 2000, les premières victoires porte d'Auteuil, puis la longue guerre d'usure au sommet contre Roger Federer et Novak Djokovic. On y retrouve l'ossature attendue de tout biopic sportif : l'enfance, la révélation, la domination, les blessures, le crépuscule. La promesse de « revenir sur la dernière saison » place le récit sous le signe de l'adieu, avec en ligne de mire ce dernier tour de piste de 2024.

Là où Rafa tente quelque chose, c'est dans l'articulation entre la carrière et le corps qui lâche. Le documentaire ne cache pas que la fin de Nadal fut d'abord une histoire médicale : un pied martyrisé par le syndrome de Müller-Weiss, des genoux usés jusqu'à la corde, une hanche opérée. Le Majorquin a joué les dernières années de sa carrière sous infiltrations et sur une jambe anesthésiée, et la série a le mérite de ne pas édulcorer totalement cette réalité clinique. On sent, par moments, le poids physique d'une longévité arrachée au prix de souffrances que peu de champions auraient acceptées.

Ce qui fonctionne

La première force de Rafa, c'est son matériau brut. Un documentaire sur Nadal dispose d'archives que n'importe quel réalisateur rêverait d'avoir. Quand la série ressort les images de la finale de Wimbledon 2008 contre Federer — quatre heures quarante-huit de combat terminées dans la pénombre londonienne, encore considérée comme l'un des plus grands matchs de l'histoire —, elle n'a même pas besoin d'en rajouter. Le tennis fait le travail. De même pour les quatorze sacres à Roland-Garros : voir défiler, année après année, cette emprise invraisemblable sur un même tournoi reste un vertige statistique que le documentaire exploite intelligemment.

Deuxième réussite : le choix de laisser parler l'entourage plutôt que le seul intéressé. Les témoignages des proches, du clan familial, des partenaires de circuit donnent de l'épaisseur à un homme réputé pour sa discrétion. On comprend, à travers eux, à quel point l'humilité de Nadal n'était pas une posture mais un système de fonctionnement : le même joueur qui soulevait la Coupe des Mousquetaires rangeait ses bouteilles d'eau avec une maniaquerie de métronome et refusait de se croire supérieur à son adversaire du premier tour. Cette obsession du travail, cette méfiance envers son propre talent, c'est sans doute la clé la plus intéressante que le film tend au spectateur.

Il faut aussi saluer la place accordée à la Coupe Davis et à la dimension nationale. Nadal n'a jamais caché que jouer pour l'Espagne comptait autant pour lui qu'un Majeur, et le fait que sa carrière se termine à Málaga, dans une compétition par équipes, boucle une boucle que la série sait rendre émouvante. Le dernier chapitre, celui de l'adieu, est de loin le plus juste : on y touche enfin l'homme qui range sa raquette, et non plus la machine à gagner.

Enfin, sur la forme, c'est propre. Montage fluide, bande-son discrète, photographie léchée des entraînements à la Rafa Nadal Academy de Manacor. Netflix maîtrise cette grammaire du documentaire sportif premium, et Rafa ne déçoit pas visuellement.

Ce qui coince

Le problème, c'est que Rafa est un documentaire autorisé, et qu'il en paie le prix. On sent en permanence la main de l'intéressé sur le récit. Rien de ce qui pourrait écorner la statue n'est vraiment creusé. Or une carrière de vingt ans au sommet, ce n'est pas qu'une collection de trophées : ce sont aussi des polémiques sur les temps de jeu à rallonge, des débats sur les coachings depuis les tribunes, des rivalités qui ont parfois tourné à la guerre froide feutrée avec Djokovic. Tout cela est survolé, quand ce n'est pas purement escamoté.

La rivalité avec le « Big Three », justement, méritait mieux qu'une suite de plans nostalgiques. Opposer trois joueurs qui se sont partagé une quinzaine d'années de domination, c'était l'occasion d'un vrai récit de tension, de jalousie sportive, de respect arraché. Le documentaire choisit la version lisse : tout le monde s'admire, tout le monde se respecte, fin de l'histoire. C'est peut-être sincère, mais ça fait un film sans aspérité, là où le sport de haut niveau vit précisément de ses aspérités.

Dernier reproche, et non des moindres : le dispositif n'ose jamais interroger le modèle Nadal lui-même. Ce corps poussé au-delà du raisonnable, ces infiltrations à répétition, cette culture du dépassement coûte que coûte — tout cela est présenté comme de l'héroïsme pur, sans jamais poser la question qui dérange : à quel prix ? Un documentaire plus courageux aurait regardé en face ce que la longévité de Nadal doit à une forme d'acharnement médical, et aurait laissé le spectateur juger. Rafa préfère l'hagiographie. C'est confortable, c'est émouvant, mais ça n'apprend rien à ceux qui ont suivi la carrière en direct.

Pour qui c'est fait

Si vous avez vibré devant les finales de Roland-Garros, si le « Vamos ! » poing serré vous a tiré des frissons un dimanche après-midi de juin, Rafa est un cadeau. C'est l'album souvenir qu'on regarde avec un sourire ému, le genre de programme parfait pour une soirée tennis en famille, où l'on raconte aux plus jeunes qui était ce gaucher de Majorque. Les amateurs de documentaires sportifs léchés y trouveront aussi leur compte sur le plan de la forme.

Le verdict

À voir, mais pour les bonnes raisons. Rafa est un bel hommage, porté par un sujet immense et des archives imparables, et sa dernière partie sur l'adieu de 2024 touche juste. Mais c'est un portrait sous contrôle, qui confond révérence et profondeur, et qui laisse de côté tout ce qui aurait pu transformer l'album de famille en vrai document. Je le recommande aux passionnés de tennis sans hésiter — pour l'émotion, pour les images, pour le frisson du souvenir. Mais que les amateurs de récits sportifs sans filtre tempèrent leurs attentes : la vérité de Nadal, la vraie, celle qui dérange un peu, reste encore à raconter.

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#critique #documentaire #tennis #Netflix

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